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Èvolution silencieuse.

    Tandis que derrière lui la réalité du monde des humains qui du reste était restée insensible à l’ouverture émotionnelle de Lucien vit alors sa propre porte intemporelle disparaître en même temps que l’obnubilée planète moribonde sur laquelle cela se produisait réinstallait le cours insidieux de ses artefacts immondes… et bien qu’il marchât à la manière d’un zombie, notre doux poète avait donc suivi l'évolution silencieuse des trois femmes jusque dans le grand séjour du manoir. Habygâ leur indiqua le centre de la pièce où trônait une table monumentale. Et chacun entreprit respectivement de s’installer sur une des lourdes chaises disposées autour, dont l’assise et le dossier étaient recouverts d'un épais cuir noir solidement maintenu par des clous de cuivre. Seul, Lucien qui ne percevait rien du dialogue silencieux, faisait mine de contempler le décor. Préférant rester debout, par respect autant que par embarras, il continuait son chemin... c'est ainsi qu'il passa mécaniquement devant la vaste cheminée ardennaise... après quoi il s’arrêta soudain si stupéfait devant la grande tapisserie qu’il ne put s’empêcher de dévoiler sa pensée:

Fichtre, madame, vous êtes aussi très jolie en Dame brune!

Voyons monsieur, le tempérait aussitôt la Déesse Maria-Luce: je ne vous ai pas fait venir jusqu’ici pour désobliger la grande Déesse Habygâ!

Ainsi Madame, vous n'êtes point muette!

Laissez-donc, ma sœur… le défendit Maria: Lucien est novice parmi nous. Nous devons être indulgentes… Et puis il n’a probablement pas suivi notre conversation mentale. De plus il ignore tout de Morganie.

Monsieur le poète: vous avez devant vous un portrait de ma tante, et, comme le fait de vous dire pourquoi elle me ressemble serait trop long, je vous prierai d'abord de bien vouloir nous rejoindre, lui précisa Habygâ, car voyez-vous, si vous semblez encore nous penser irréelles, en revanche, votre conscience vous dit le contraire

Madame, j'admets volontiers que je vous dois des excuses. Il se trouve néanmoins que votre silence m’ayant dérouté, j’avais grand besoin de vous voir réagir. Ne serait-ce que pour me prouver que je ne rêve plus depuis que je vous vois toutes trois, plus belles que des anges et…

Viens Lucien, assois-toi près de moi, lui enjoignit Maria.

Elle le créditait d’un sourire qui était certainement capable de rendre le poète éperdument amoureux…

Lucien ne répondit rien. Ce n'était pourtant pas dans son habitude d'éviter la conversation. Mais il se produisait qu'à ce moment-là son esprit était ailleurs, mêlé par osmose, à l’ombre qu'il souhaitait bénéfique. Et puis la phrase rassurante de Maria l'aidant, il tendait à s’imaginer d'être bien à l’abri dans son bunker, ou plutôt sa caverne… Pourtant, quelque chose le tracassait. Il avait conscience d’être allé une nouvelle fois beaucoup trop loin dans sa quête de l’inexpliqué… Comme quand, adolescent, il avait rencontré un être étrange, qui se disait être un prince parmi des ténèbres et qu’il avait revu très récemment lors d’un rêve éveillé qui n’en était peut-être pas un...

Tout en s’approchant de la chaise désignée, il s’inquiétait à présent de ce qui avait bien pu le conduire à venir jusqu’ici. Il lui semblait évident que par le fait de cette autre hardiesse, sa vie était en train de basculer… Là, dans cette pièce, bien trop grande pour être intime. Il sentit doucement ses jambes l’abandonner, en même temps que sa conscience l'emmenait à nouveau par la main en direction du jardin de ses rêves… Et il serait certainement chu, si Maria, s’en apercevant, ne s’était brusquement levée pour l’aider à s'installer!

Et bien, ma chère sœur, s’exclama Maria-Luce: je ne te savais pas capable de tant d’effet sur un homme!

Et puis toutes trois se prirent à rire… Sauf notre Lucien, qui décidément se sentait complètement largué!

 *

 



18/11/2017
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