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L'expédition en forêt

   L'expédition en forêt révéla toute la splendeur d'une journée naturellement enchanteresse où le soleil qui jouait haut dans les arbres, faisait joliment chatoyer les feuilles.

 

Menée par Charles-Henry, la petite troupe qui était partie aux premières lueurs de l'aube avançait encore d'un bon pas. Il eut été certes plus simple pour les deux déesses et l'Ange-dieu de lumière de se téléporter ensemble, comme ils le font généralement lorsqu'il s'agit de parcourir une longue distance, mais il avait été convenu que ne connaissant nullement la latitude précise de l'endroit où ils allaient, c'eut peut-être été sans en présumer le risque. Et puis si Charles-Henry, encore moins qu'Èrmandine, n'avait jamais réussi pleinement l'expérience, c'est parce qu'elle demande sans doute trop de force mentale et de faculté supérieure. Ou qu'alors s'ils y parvenaient, c'était pour un résultat très aléatoire, voire médiocre, car leur offrant seulement le franchissement d’une distance très limitée, et réservant parfois la mauvaise surprise de quelques arrivées qui étaient particulièrement fantaisistes. Alors, c'est d'un commun accord que chacun s’était mis en marche et avait emporté ce qu'il faut pour prévoir un bivouac... Lorsque la déesse Habygâ fit signe à Charles-Henry de s'arrêter, demandant à chacun de faire silence, alors que s'approchant d'un arbre, elle plaqua son oreille contre le tronc, puis elle opina du chef au moment où elle s'en écartait...

 

– Peut-être nous diras-tu ma Mie à quoi correspond ce manège, lui chuchota Néphysthéo la bouche en cœur.

– C'est que, vois-tu mon chéri, la forêt d'ici me parle presque autant que celle de la Terre.

– Ah! Et que dit-elle?

– Mon cher Néphysthéo, je ne souhaite nullement m'immiscer ni douter de vos sensibilités perceptives, mais si vous étiez plus attentif vous l'entendriez aussi murmurer, puisque je l'entends moi-même, lui suggéra Morganie… du reste je crois pouvoir penser qu'Èrmandine et Charles-Henry l'entendent aussi.

– Certes, convinrent ensemble ces derniers, mais cela est si confus qu'il me semble logique de n'en rien conclure pour le moment précisa Charles-Henry...

– Cet arbre Faye, bien qu'il soit encore jeune, vient de me conseiller la prudence. Selon lui, il y a de cela quatre lunes, une chose intruse serait passée non loin de ses racines. Et puis, lorsqu'il m'a proposé d'écouter dans son corps, il m'a semblé percevoir d'infimes vibrations venant du sol. C'est un peu, comme s'imprègne la mousse de l'odeur repoussoir d'un animal, l'indication que quelque chose ou quelqu'un aurait laissé une trace intime dans un sillage qui se souhaite néanmoins discret.

– Tu ne veux tout de même pas nous dire qu'en dessous de nous il y aurait aussi un autre monde de Belzéé! Et qu'il y serpenterait des êtres vivant jusque parmi les racines!

– Qui sait mon chéri de quoi certains êtres inconnus sont faits? Et puisque semble-t-il, tu ne les as pas encore perçus, c'est qu'il y a une raison étrangement personnelle qui t'en empêche. Alors, comme la journée est à présent fort avancée, je propose que nous installions près d'ici notre bivouac pour la nuit.

– Vous avez raison Madame, acquiesça aussitôt Charles-Henry, et puis j'ai beau avoir hérité d'un corps éternel tout neuf, il n'en est pas moins que mon esprit se fatigue à force d'être à l'affut de tout repère qui est utile pour m'y retrouver dans un chemin que j'ai fait il y a longtemps.

– Et bien, reconnut à son tour Èrmandine, j'avoue que moi aussi j'aimerais souffler un peu.  

 

Alors, Charles-Henry pointa son doigt dans la direction du couchant. Il précisa que non loin d'ici devait se trouver une zone rocheuse dans laquelle il avait pu lui-même passer la nuit lorsqu'il s'y rendit pour la première fois. Tout le monde approuva, et c'est donc dans un bel ensemble que le petit groupe le suivit à nouveau. Peu de temps après, Ils purent découvrir, comme enchâssée par ses côtés de deux élévations de terrain, une cavité rocheuse dont l'entrée apparaissait au pied d'une sorte de falaise rappelant l'à-pic d'une petite montagne de schiste. Elle était masquée par un savant rideau de lierre. Alors ils s'apprêtèrent à y entrer sans autre préambule que l'envie de s'y installer pour la nuit.

 

– Attendez! S'écria soudain Morganie.

– Qu'avez-vous ma tante, la questionnait aussitôt Habygâ qui n'avait su réprimer un sursaut.

– Ne vois-tu pas dans ta mémoire, une image juxtaposable à celle-ci qui est devant nous?

– Bon sang! Mais c’est qu’elle a raison notre chasseresse! Reconnaissait l'Ange-dieu de lumière. Et je me rends compte moi aussi que ce monde, en beaucoup trop de points qui me déplaisent, ressemble un peu trop à son pareil de la Terre!

– Ceci, me rappelle en effet la grotte de La Dame Rouge que j'ai combattue dans la forêt ardennaise, alors, si vous permettez,  je vais y entrer avant vous, décida Morganie.

 

Sans attendre leur réponse, elle s’était saisie de la triple griffe de crôol qu'elle avait pris pour habitude de toujours porter à sa ceinture. Elle l'y gardait soigneusement rangée dans un étui de cuir noir. Elle avala une pleine gorgée d’air et pénétra seule dans l'antre mystérieux...

 



01/06/2017
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