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Un objet furtif

Néphysthéo s'installa à son tour. Et après avoir servi le vin blanc liquoreux que le majordome élaborait lui-même: il porta un toast au souhait-plaisir de leur sympathique trio.

– Je ne vous connaissais pas ce talent de fin vigneron, dit l'Ange dieu de lumière, tout en reposant soigneusement sur la nappe blanche, son verre de cristal finement ciselé.

– Mais vous avez su pourtant deviner que je l'ai en effet élaboré de bout en bout, dit le majordome avec un sourire en guise d'acquiescement complice.

– Êtes-vous nombreux ici à avoir fait le choix de nous servir par-delà votre dernier karma, lui demanda Habygâ?

– Hélas Madame, bien qu'il soit comparable à l'autre continent, j'ignore pourquoi: mais il faut reconnaître que de celles méritantes qui sont en attente, il y a peu d'âmes qui soient désireuses d'assumer encore un emploi de service. Il est vrai que si d’autres que moi restent tenaillés par le souvenir d'avoir travaillé longtemps, et souvent trop durement du vivant de leurs enveloppes charnelles sur la Terre: ce peut-être dû au fait qu'ils furent trop souvent snobés par des nantis plus avides d'argent et de pouvoir, que sensibles à des doléances pourtant légitimes! De fait, il est normal de n'être pas enclin dans ce cas à servir encore, et ce pour l'éternité!

– Mon père s'emploie à mieux répartir les charges et les bénéfices sur la Terre. Mais hélas, il doit compter avec la situation actuelle. Laquelle est engendrée notamment, par le surendettement de certains des peuples non fédérés qui sont encore trop soumis à des systèmes, toujours si spéculateurs qu'ils en restent pernicieux. Cela menace sérieusement les prêteurs eux-mêmes, autant que les emprunteurs, astreints qu'ils sont encore à devoir créer du profit qui ne sait qu'enrichir  de riches actionnaires financiers, plus gourmands en dividendes, qu’enclins à les partager. Reste cependant, par le fait que nous sommes toujours intriqués, qu'il est encore permis au Petit Peuple des forêts de la terre de passer de l'une à l'autre dimension. Certains savent même aboutir jusqu'ici en empruntant comme vous les vortex du monde parallèle. Et je crois savoir qu'ils ne s'en privent pas, car vu l'état devenu préoccupant de la nature sur la planète bleue, il leur est certainement de plus en plus pénible de conserver là-bas des oasis invisibles en bon état, tel celui de Castel Anatha, qu'un certain jeune poète Lucien vivant à présent son dernier Karma est promis à découvrir.

– Madame, puisque vous n’ignorez rien, vous savez que Gabryel, votre père, fut pour moi si bon que j'aurais Plaisir à le servir encore s'il lui venait l'envie de venir ici.

– L'on peut facilement imaginer, reprenait cette fois Néphysthéo,  que ce n'était pas le cas de tous les vôtres, durant l'époque où vous viviez sur une terre que je présume pour avoir été beaucoup moins confortable, en regard de celle qui nous a vus émerger d'abord Habygâ, et puis moi.

– Monsieur, si toute époque antérieure par tranches de siècle, peut être perçue par certains comme antédiluvienne comparée à la suivante, le fait de n'imaginer rien d'autres choses à venir que celles de la veille ou du lendemain, est certainement ce qui fait penser que si le progrès technologique a du bon, il n'empêche que des modes de vie restés attachés à des cultures plutôt ancestrales que futures, semblent montrer de l'engouement au point que des gens d'aujourd'hui finissent par y revenir. Beaucoup fuyant dès la retraite, le stress d'une vie moderne urbaine parquée, et de plus en plus artificielle, et qui finalement n'est pas forcément enviable.

– Comme je vous donne bien raison mon bon Charles-Henry, laissa échapper une Habygâ dont la vérité était plus rurale que citadine. Et puis, reprit-elle, il faut admettre qu'apparemment, si j'en crois du moins ce que j'ai vu par bribes au cours de l'un de mes voyages dans l'avenir de la planète Terre, que, après une brève amélioration obtenue par la renaissance du culte d'Athséria, et la  création par mon père d'un haut comité destiné à obtenir une meilleure répartition des produits et valeurs: trop des peuples de la Terre, gouvernés par des dictateurs qui fragilisent ou fragiliseront l'œuvre de mes parents, restent enchaînés par des maillons forgés d'absolutisme pervers… Et cela ne semble pas prêt de s'arranger, car tant s'en faut! Il n'y a que de questionner les classes les moins nanties pour se rendre à cette évidence! Il semblerait même que c'est carrément vers le marasme complet que les humains se dirigent !

– Hum… Cela expliquerait peut-être, ne serait-ce qu'en partie, cette sorte d’engouement impatient que montrent la plupart de ces âmes qui sont en attente d'un corps final. En fait ça confirmerait leur choix qui est incontestable, d'aller vivre leur éternité dans l'autre continent de Yäga.

– Et aussi la faiblesse d’esprit dont se rendent coupables certaines d'entre elles, en cédant notamment aux avances d'une entité pour le moins momentanément incontrôlée, renchérit néanmoins Néphysthéo.

– Justement! S'exclama soudain Charles-Henry. Je souhaiterais autant que vous, je pense, que nous puissions nous entretenir à propos de cette situation que m'a aussi apprise Estarie. Car voyez-vous, j'ai vu quelque chose d'étrange et d'inhabituel se produire lorsqu'une nuit… Pour admirer comme autrefois les étoiles… J'avais fait ce qu'il convient pour me trouver en état de conscience élargie… Mais ce qui se produisit alors avait frappé mon esprit.

– Vous abondez directement dans notre sens cher ami, car voyez-vous, il se trouve que c'est justement un sujet que nous souhaitions aborder avec vous qui étiez ici avant nous.

– Tout d'abord, je précise que j'avais obtenu l'état de lévitation sans aura visible. Je le fais ici de cette manière qui m'est autorisée afin de ne pas être remarqué  – cela du reste, ne regardant personne d'autre que moi –  c'est alors que mon être parvenait à beaucoup plus d’élévation que sur la terre, qu'il m'a semblé percevoir un énorme objet furtif. Il se déplaçait presque imperceptiblement entre moi et les astres. Cela étant probablement enclin à vouloir se confondre volontairement dans le noir, afin de rester certainement invisible d'en bas. Et puis c'est là que j'ai vu aussi quelques traines lumineuses d'esprits, vraisemblablement venus de la Terre par le tunnel céleste afin d'accéder, comme il se doit, au Pays des Âmes... Cela me direz-vous n'est rien d'autre que fait banal, puisque représentant le transfert habituel. Et j'en conviendrais aisément avec vous sur le champ. Si ce n'est que juste au moment précis, où il se fit que les âmes débouchaient de leur vortex pour entrer dans l'espace atmosphérique du continent des dieux, j'ai observé qu'un fin nuage de particules étranges, ayant probablement profité du groupe d'esprits pour voyager sans se faire repérer des dieux, s'est dissocié au dernier moment et a disparu à l'endroit précis où je présumais que se trouvait encore l'objet furtif qui cette fois échappait à ma vision...

– C’est curieux, admit spontanément Néphysthéo. Ce que vous me décrivez me rend songeur... Mais, il faut reconnaitre que nous devons nous défier de toute conclusion hâtive. Si vous le voulez bien, dînons plutôt, et profitons au mieux de cette soirée qui s’annonce conviviale.

 



02/05/2017
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