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Vétue comme dans ses rêves...

     À présent décidé pour tester ce qu’il pensait n’avoir été qu’un rêve, Lucien s'en était allé tout droit jusqu'à l’emplacement de la grenouillère. Mais rien n'avait changé depuis la veille. Son aspect semi mortifié lui semblait immuable… Identique à ce qu’il connaissait d'elle depuis l’enfance.

À présent, il se trouvait à l’endroit précis où il avait failli de peu s’envaser, la dernière fois... plutôt que risquer se noyer dans l’eau verte, décidément trop peu profonde pour vraiment l’inquiéter! Moqueur en lui-même, il avait acquis la quasi-certitude d’avoir alors un peu aidé son égo à développer un scénario. Il en avait pris l’habitude, pour justifier l’image mentale de Maria dans ses demi-sommeils. Il se surprit même à dire :

Ponton est-tu là ?... Si tu es là : montre-toi !

Puis il se mit à rire, nerveusement. Ça n'était pas du tout comme lorsqu’on a fait une farce quelqu’un. Il s’apprêtait même à tourner les talons lorsque le phénomène se produisit…

Oh, naturellement, l’objet convoité qui peu à peu se devinait plus mentalement qu’il ne se voyait, semblait aussi vaporeux qu’un mirage. Mais tout de même, cela l’intriguait! Alors, s’accroupissant, il entreprit de caresser l’herbe jaunie qui aurait dû se trouver là. Mais ce que sentit sa main le sidéra. Il y avait à la place, mais totalement invisible: quelque chose de plan et de dur, et qui, tel un barrage-écran l’empêchait d’accéder à ce qu’il voulait !

Lucien, si tu veux pénétrer de toi-même dans l’autre monde, il te faut faire preuve d’un minimum de foi! Sans quoi jamais tu n’y parviendras.

Lucien avait le sentiment, que la voix qu’il avait pris l’habitude de créer dans ses rêves se trouvait pour cette fois non pas à l'intérieur, mais hors de sa conscience.

Enfin Lucien, daigneras-tu lever les yeux du bout de tes souliers pour nous regarder en vrai!? Ou bien serait-ce que la vision d’une femme, simple mortelle, du moins presque autant que toi qui est fait de chair et d'os... et dûment accompagnée de sa sœur déesse, te serait insupportable?

 

 Vêtue comme dans ses rêves, la belle se trouvait environ à soixante-dix coudées de lui. Plus exactement: au-delà de la grenouillère, comme lévitant à un bon mètre du sol. Et puis, contrairement à ce qu'elle venait de lui dire, il semblait bien à Lucien qu'elle fût seule…

Rappelle-toi Lucien: le perron que te montra Belzéé… pense-le très fort.

Et c’est ce qu’il fit… Alors, comme un artiste dessinant de tête l’esquisse d’un nouveau tableau, notre poète repensa aux marches de pierre sous la terre… Et elles commencèrent à se préciser cette fois sous les pieds de Maria. Puis, son imagination aidant, il vit, d’abord vaporeuses: deux autres jambes superbes, campant des hanches bien galbées. Lesquelles laissant supposer être porteuses d'un buste bien fait… C'est ainsi que peu à peu, Maria-Luce lui était apparue à son tour. Elle était absolument ravissante. Plus grande que sa sœur de dix bons centimètres, elle se distinguait du clair-obscur par l'effet étonnant de son aura de lumière resplendissante. Elle fit un large geste de ses deux bras, pour globaliser la scène. Apparurent alors le lac et les deux pontons, dont le bois semblait avoir rajeuni. Le long de celui où se trouvait Lucien, le poète put voir une barque verte au ventre blanc. Il s’y installa sans plus d’hésitation.

 

 



16/11/2017
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