le-pelleteur-de-nuages.blog4ever.com

le-pelleteur-de-nuages

Stupéfaction!

 

C'est alors que se vécut une scène bien étrange qui laissa chacune et chacun réellement stupéfié!

Cet espace, tout couvert de fleurs des champs qui s'offrait à leurs yeux en pleine nature désertique: c'était du jamais vu! Du moins depuis près d'un siècle. Et plus ils avançaient de leur pas précieux (les chemins et autres routes autrefois bitumées étant à présent en état de dégradation avancée) davantage la vue du site les ramenaient à des comparaisons d'images que leur avaient conté autrefois leurs grands-pères et leurs grands-mères…

Certes, ils connaissaient bien quelques somptueux jardins de ville. Mais si ceux-là avaient pu subsister, c'est parce qu'ils bénéficiaient de la protection des cloches transparentes. Alors ils ne comprenaient pas comment cela fut encore possible d'obtenir la même chose en pleine campagne, surtout sans le secours de ces serres disgracieuses, qui proliféraient dans l'environnement immédiat des agglomérations aseptisées.

Ce qu'ont réussi mes parents, d'autres qu'eux peuvent le faire, dit Lucien.

Mais ces messieurs restaient suspicieux. Ils ne l'entendaient pas ainsi. Ils restaient persuadés d'un quelconque stratagème… (Il faut bien admettre qu'ils n'avaient pas tout à fait tort… encore qu'en matière de déité, la bonne foi devait l'emporter!…)

Croyez-vous vraiment messieurs que nos ancêtres "homo machin truc" sont le pur jus du hasard, leur dit-il encore, manifestement excédé par tant de mauvaise volonté.

Si vous ne faites confiance au philosophe, peut-être écouterez-vous enfin le scientifique, le soutint à son tour le professeur Natan, visiblement ému de voir l'honneur de son élève bafoué par ces gestionnaires inflexibles.

Ne dit-on pas de lui qu'il serait avant tout un poète: un pelleteur de nuages!? Lui avait rétorqué quelqu'un…

Ashneene, qui de loin regardait la scène, pensa qu'il serait utile d'aller à leur rencontre. Elle s'était donc peu à peu rapprochée. Et lorsqu'elle fut à portée de voix, elle leur aboya littéralement:

Votre incrédulité est à la mesure de vos ambitions de politiciens nombrilistes! Et toi Sébastien, oui toi: Monsieur le Maire! Qui vient de mépriser mon fils, aurais-tu oublié que tu venais autrefois me consulter pour envisager au possible l'avenir que pourraient connaître tes projets, dont quelques-uns plus ou moins malsains, avant de les soumettre à ces messieurs ici présents, lors de certaines réunions de conseil municipal parfois houleuses?

Comme beaucoup de ces politiciens désireux d'imposer leurs quatre volontés, Sébastien cumulait d'autres mandats, dont celui de député. Et il était à gager d'autre part, que si son cerveau eut pu se révéler aussi actif que son estomac, il n'aurait certes pas dû avoir besoin du secours d'une voyante pour juger de l'impact possible des décisions à prendre!... Battant cependant quelque peu en retraite devant l'argumentation assassine d'Ashneene, il se racla la gorge, et bombant son torse habillé par le meilleur tailleur de la ville d'à côté qui s'y connaissait en bedaines, il caressa dignement son écharpe tricolore et emboîta le pas décidé de la voyante qui venait de lui tourner le dos sans attendre de réponse.

 

Quand ils furent tous assemblés autour de la fontaine, le magistrat s'empara du petit arrosoir aseptisé qu'un de ses adjoints avait apporté. Puis il le plongea cérémonieusement dans l'eau cristalline, cependant que le photographe immortalisait la scène. Et puis Natan enfila des gants stériles, il remplit quelques éprouvettes en les plongeant dans l'arrosoir, puis les cacheta devant témoins: les échantillons seraient analysés le soir même, dans le laboratoire de la ville, devant lui… Mais par un autre que lui… qui de toute façon n'y entendait rien en chimie céleste!…

Lucien adressa un sourire à son père. Après quoi il proposa à chaque invité de s'approcher de la margelle afin, comme il est coutumier de le faire en pareil événement, de déguster le verre de l'amitié... Mais lorsqu'il eut plongé le premier gobelet dans la fontaine, ces messieurs s'étaient tous reculés horrifiés:

Vous ne voudriez tout de même pas… s'étrangla Sébastien!

Alors le poète but le verre religieusement, devant eux, et puis ses parents, ainsi que Natan en firent autant, laissant dans leur verre respectif, suffisamment de liquide pour qu'il soit reversé lui aussi dans d’autres éprouvettes qui furent aussitôt cachetées. Ils firent cela tout en dévisageant les membres du conseil un par un… sauf le photographe, trop content d'enregistrer le scoop en continu.

*

Personne n'avait su expliquer pourquoi les échantillons d'eau qui avaient été prélevés dans l'arrosoir du maire révélaient une composition qui était différente de celle respectivement récupérée dans les gobelets. L'une étant plus que propice à l'irrigation, sans avoir le moindre besoin d'un apport d'engrais. Tandis que l'autre s'admettait de beaucoup, plus pure que celle recyclée qui se consommait en ville. Mieux encore: aucune des rares sources d'eau encore directement consommables dans le monde n'était capable de l'égaler! Inutile après cela de confirmer l'intérêt mondial qui fut reconnu au sous-sol Ardennais. Pourtant, aucun des multiples forages qui furent tentés à l'entour immédiat, mais hors de la propriété, ne révéla la moindre nappe phréatique susceptible de produire cette denrée incomparable! Ainsi, chacun s'était perdu en vaines conjectures. Alors qu'il aurait suffi de reconnaître l'intervention conjuguée de la bienveillance naturelle avec l’aide apportée de Maria-Luce.

*

Des années passèrent encore, sans que rien de véritablement concret ne soit envisagé, en dehors des travaux de Lucien et de ses parents. Chacun s'en était retourné de son côté: les rats des villes se moquaient de plus belle des rats des champs, et la presse électronique s'en donnait à cœur joie… Sauf que Natan, à force de conférences sur le sujet, commençait à obtenir des émules. Son premier couple de pionniers avait même remplacé les parents de Lucien. Les vieux amants avaient certes vécu plus de trente années supplémentaires. Ashneene qui avait cent douze ans en comptait huit de plus que son mari. Mais ils s'étaient tout de même éteints... la même nuit... endormis à jamais dans les bras l'un l'autre. Le poète en avait vieilli d'un coup, tant sa peine était profonde.

*

 

 



19/03/2018
14 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 32 autres membres